Sigrid Schelstraete, experte en relations chez Jade & Jules, tire la sonnette d’alarme : « Nous traitons les humains comme des produits sur un menu, en oubliant que l’amour ne se laisse pas capturer par un algorithme. »
On constate que le succès des applications de rencontre décline.
Comment l’expliquez-vous ?
Sigrid« Les chiffres ne mentent pas : le nombre de couples durables formés via ces plateformes est étonnamment faible. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant quand on analyse leur modèle économique. Une application de rencontre est une entreprise. Un client qui trouve son partenaire idéal trop rapidement est un client de perdu. L’interface est conçue pour vous maintenir sur l’application, et non pour vous aider à en sortir le plus vite possible avec un partenaire stable. »
Anissa Ali, psychothérapeute et fondatrice de la Freudzone : “À une époque, les applis pouvaient sembler une solution. Aujourd’hui, pour beaucoup, elles sont devenues le problème.D’abord parce qu’elles ont usé leur propre magie. Le swipe repose sur une mécanique de récompense intermittente : un match, un shoot de dopamine, puis le vide, puis on recommence. À force, on ne “rencontre” plus, on scrolle. Le désir devient une boucle, et la boucle épuise.
Ensuite parce que la confiance s’est abîmée. Faux profils, comportements désinvoltes, ghosting banalisé, échanges sexualisés non sollicités : l’expérience est devenue plus risquée, plus fatigante, moins enthousiasmante. Beaucoup finissent par se retirer non pas par manque d’envie de rencontrer, mais par saturation émotionnelle.
Enfin parce que l’économie du modèle est trop visible. Les utilisateurs ont de plus en plus l’impression d’être dans un casino relationnel : options payantes, boosts, frustration monétisée. Quand un outil semble davantage optimiser l’engagement que la rencontre, il perd sa légitimité.
C’est la fin d’une promesse et la fin d’un cycle. Celle qu’un algorithme et une ergonomie puissent remplacer la présence, la lenteur, et le réel.”
Que veut dire la « déshumanisation » de la rencontre?
Sigrid : Le geste de « swiper » a dévalué tout le processus, le transformant en une transaction éphémère. Les utilisateurs ne réalisent presque plus qu’il y a un être humain derrière le profil, avec ses sentiments, ses ambitions et son vécu. On scanne les profils comme si l’on choisissait une nouvelle voiture : un sourire spécifique ou un détail physique décide du sort de l’autre en moins de deux secondes. Ce n’est plus de la rencontre, c’est du shopping. »
Pourtant, une photo dit bien quelque chose de l’attirance, non ?
Sigrid « Une photo est un instantané, et souvent trompeur. Les gens utilisent des filtres, des clichés datant de dix ans ou des images où ils pèsent dix kilos de moins. Mais ce qu’on ne voit jamais sur une photo, c’est l’énergie, le charisme ou la voix de quelqu’un. Le « déclic » réside dans la dynamique entre deux personnes, pas dans une image statique. De plus, de nombreux « chercheurs » n’ont inconsciemment pas le cœur ouvert ; ils sont trop occupés à cocher les cases de leur liste d’exigences. »
Des études américaines montrent qu’il faut swiper en moyenne 4 000 fois pour obtenir un seul contact significatif.
Est-ce la cause de cette « fatigue relationnelle » croissante ? «
Sigrid : Absolument. On observe un vrai basculement, surtout chez la Génération Z. Ils perçoivent ces applications comme un investissement émotionnel à faible rendement. Cela mène au ghosting, à la peur du rejet et à une perte des codes sociaux. On en a assez de cette foire aux bestiaux numérique et on aspire à nouveau à l’authenticité. »
Anissa : Oui, ça peut clairement alimenter la “fatigue relationnelle”, mais je nuancerais le chiffre.
Le “4 000 swipes” circule surtout via des enquêtes grand public et reprises médias, pas comme un résultat académique standardisé (définition floue de “contact significatif”, échantillons variables).
En revanche, le mécanisme est très solide en psychologie comportementale : beaucoup d’effort pour une récompense rare et imprévisible (match, conversation, ghosting) crée une usure rapide, proche d’un burnout. La recherche décrit bien cette dynamique de fatigue liée aux applis (épuisement, cynisme, retrait), renforcée par la surcharge de choix et la comparaison permanente.
Donc oui : même si le “4 000” est discutable, l’idée est juste. Ce n’est pas la rencontre ou les relations qui fatiguent, c’est le dispositif.
Vous notez également une différence frappante entre les hommes et les femmes dans ce contexte. Pouvez-vous préciser ?
Sigrid « Grâce à l’émancipation, beaucoup de femmes ont construit une vie épanouie et indépendante. Elles ont fait des études, ont une carrière et un réseau social solide. C’est fantastique, mais cela ne laisse parfois plus de place qu’à un « idéal ». Elles attendent le prince charmant qui répond à toutes les attentes — ou personne. Les hommes, en revanche, éprouvent plus souvent la peur de la solitude et sont, paradoxalement, souvent plus disposés à faire des compromis pour construire une vie à deux. »
Quelle est selon vous la solution ? Comment trouver cet amour durable ?
Sigrid « Je suis une fervente partisane des agences matrimoniales, du speed-dating et des activités organisées pour célibataires. Là, la rencontre réelle est centrale. Je privilégie même les blind dates. Pourquoi ? Parce qu’une relation repose sur des valeurs partagées et des projets de vie communs. Et cela, on ne le voit pas sur une photo. »
Anissa : Sortir d’un marché pour revenir à des milieux ! Un amour durable naît plus souvent dans un écosystème que dans une vitrine.
Concrètement, ça veut dire réinvestir la vie sociale réelle. Soirées pour célibataires, agences ou événements de rencontre “IRL”, activités sportives, cours, associations, bénévolat, communautés culturelles. Et aussi le réseau pro, quand il n’y a pas de rapport de pouvoir : collègues d’autres équipes, événements, cercles de pairs. Le point commun : on rencontre des gens dans un contexte qui révèle des attitudes, des valeurs, une manière d’être, pas seulement un profil.
Ça implique aussi d’investir ses liens existants. Un réseau amical vivant est un accélérateur de rencontres : amis d’amis, invitations, anniversaires, dîners. Et surtout, c’est une protection contre la dépendance affective : quand on a une base relationnelle solide, on ne cherche pas un partenaire pour combler un désert.
L’état d’esprit est clé : créer des occasions d’ouverture sans être en mode chasse. On s’inscrit à des choses parce qu’elles nous nourrissent, et la rencontre devient une conséquence, pas une obsession. C’est paradoxal, mais plus on est centré sur une vie pleine, plus on devient “rencontrable”.
Devons-nous aussi revoir notre vision de « l’âme sœur » ?
Sigrid « Oui, nous nous laissons trop influencer par les contes de fées et les films romantiques. Nous pensons que nous devons fondre dès le premier regard, mais les relations les plus stables reposent sur un sentiment de connexion et une amitié profonde. Les grandes passions dévorantes que l’on connaît surtout quand on est jeune sont basées sur l’attraction sexuelle, mais ce ne sont généralement pas les relations les plus heureuses sur le long terme. Il y a « chaque pot son couvercle », à condition d’être prêt à regarder vraiment la personne qui est en face de vous. D’ailleurs, je suis convaincue qu’il y a beaucoup de couvercles pour chaque pot, si l’on est prêt à ouvrir son cœur.
Anissa : Oui, et c’est même devenu un enjeu de santé relationnelle à mon sens. Le mythe de l’âme sœur repose sur une logique essentialiste : il existerait “la” bonne personne, et si c’est la bonne, tout devrait être évident, fluide, presque sans friction. Or la recherche sur le couple distingue justement deux croyances : l’idée que les partenaires sont “faits l’un pour l’autre” versus l’idée que l’amour se construit. La première rends plus vulnérable au découragement au moindre conflit, la seconde favorise l’engagement et la capacité à réparer.
En plus, dans un monde d’hyperchoix, l’âme sœur devient un carburant parfait pour la comparaison permanente : si quelque chose manque, on se dit qu’il y a forcément mieux ailleurs. C’est une croyance romantique très rentable… et très anxiogène.
Donc oui, il faut revisiter : garder l’âme sœur comme métaphore poétique, mais, dans la vie réelle, privilégier une boussole plus experte. Non pas “est-ce la personne parfaite ?” mais “est-ce un lien viable, réparable, cohérent avec mes valeurs, et est-ce qu’on sait se choisir dans la durée ?”
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À propos de Jade & Jules
Fondée en 2020 par Annemieke Dubois, Jade & Jules est une agence de matchmaking exclusive dédiée aux célibataires financièrement indépendants, tels que les entrepreneurs et dirigeants d’entreprise, en quête d’une relation sérieuse et durable. Avec un réseau en pleine expansion en Flandre, Wallonie et Bruxelles, Jade & Jules établit une nouvelle référence en matière de matchmaking.
En Flandre, notre équipe expérimentée de matchmakers composée d’Annemieke, Véronique et Nathalie est à votre disposition.
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