La première, Annemieke, a lancé en 2020 son agence de matchmaking Jade & Jules.
La seconde, Sigrid, l’a rejointe pour répondre à la demande croissante sur le marché bruxellois et wallon. Toutes deux rencontrent quotidiennement des femmes et des hommes à la recherche d’une personne avec qui partager un bout de chemin. D’où l’intérêt de leur demander une réflexion sur ce qu’elles appellent le paradoxe de l’amour moderne.
VD : Que voulez-vous dire par “paradoxe de l’amour moderne” ?
Annemieke : Nous vivons à une époque où la liberté n’a jamais été aussi grande. Chacun construit sa carrière, voyage, choisit son mode de vie, se réalise selon ses propres règles. Mais le succès, l’indépendance et l’autonomie émotionnelle nous éloignent parfois de l’intimité profonde à laquelle nous aspirons. Dans mon travail de matchmaker chez Jade & Jules, je le constate souvent, surtout chez les femmes : elles ont étudié, réussi, bâti une vie équilibrée et épanouie… si bien qu’elles n’acceptent plus qu’un idéal. Elles attendent le “prince charmant”, quelqu’un qui coche toutes les cases, ou rien. Les hommes, eux, redoutent davantage la solitude et se montrent, paradoxalement, plus disposés à composer, à faire des concessions pour construire une vie à deux.
VD : Vous trouvez que beaucoup de célibataires ont des attentes irréalistes ?
Sigrid : Oui, absolument. Beaucoup s’imaginent encore que l’amour est quelque chose qui “arrive”, une évidence qui surgit au détour d’une rencontre. Mais cette vision romantique est souvent trompeuse, surtout quand on a déjà vécu plusieurs histoires. Quand on est jeune, qu’on sort beaucoup, les rencontres se font naturellement. Plus tard, après une rupture, un divorce ou avec la charge du travail et des enfants, tout devient plus complexe. L’amour, en réalité, ne se trouve pas, il se construit. Il demande du temps, de la disponibilité émotionnelle et une vraie maturité relationnelle. J’aime le comparer à une plante fragile : si on ne l’arrose pas, si on ne la soigne pas, elle finit par se dessécher. Aujourd’hui, beaucoup de célibataires se figent sur des critères superficiels, la taille, le diplôme, la réussite, alors que les plus belles relations reposent avant tout sur des valeurs communes et un projet de vie partagé.
VD : Les temps ont changé, n’est-ce pas ?
Annemieke : Oui. Les générations précédentes avaient peu de choix : mariage précoce, installation rapide, rôle familial prédéfini. Aujourd’hui, liberté et autodétermination sont devenues essentielles. Nous pouvons être qui nous voulons, choisir, abandonner ce qui ne nous correspond pas. Mais cette liberté a un coût. Quand tout est ouvert, le doute s’installe. Et si l’on doit se prouver ou s’optimiser constamment, la vulnérabilité est vite perçue comme une faiblesse.
Sigrid : L’émancipation des femmes est évidemment une avancée fantastique, mais elle a aussi un revers. Dans notre société de performance, les femmes apprennent à tout maîtriser, alors que l’amour demande de lâcher prise, de laisser entrer, d’accueillir. Cela crée un conflit : comment se donner à quelqu’un quand on a l’habitude de tout contrôler ? En psychologie, on parle de l’équilibre entre animus (le masculin intérieur) et anima (le féminin intérieur).
VD : Comment fonctionne Jade & Jules ?
Annemieke : Avant tout, nous nous adressons principalement à une clientèle masculine, qui choisit Jade & Jules pour le gain de temps et la discrétion que nous offrons. Nous ne nous contentons pas de rechercher des profils compatibles : nous jouons également un rôle de véritable partenaire tout au long du processus. Les retours que nous recevons des deux parties après chaque rencontre sont extrêmement précieux pour affiner la recherche et sensibiliser chacun(e) à certains pièges à éviter. Cela peut sembler paradoxal de travailler principalement pour des hommes alors qu’il y a tant de femmes célibataires en quête de leur âme sœur. Pourtant, c’est précisément ce qui explique notre taux de réussite élevé auprès de notre clientèle masculine. Pour les femmes, notre méthode est plus équitable et accessible en termes de coût : leur adhésion est nettement moins onéreuse, ce qui est logique, étant donné qu’elles participent à un nombre de rencontres plus limité.